DIVERSITÉS ET VARIATIONS DANS LA PRONONCIATION DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN

I. A. Makeenko

 

: // - . .. . 2. 2003. . 84-89.

 

La phonétique a une très grande importance dans lenseignement et lapprentissage des langues étrangères  et dans lacquisition dune compétence de communication orale. Etant un moyen de communication entre les hommes, la langue doit avoir ses règles de prononciation assez strictes. Elles sont étudiées par une branche de la phonétique nommée orthoépie (ou phonétique normative), cest-à-dire un ensemble de règles qui déterminent la bonne prononciation dune langue. Les règles orthoépiques sont données dans de nombreux manuels de phonétique, mais lorsquon écoute les Français sexprimer on constate  nombreuses variations et certains écarts des normes orthoépiques. Cest un fait bien connu que la prononciation dune langue ne reste pas toujours la même. Elle subit au cours de son histoire de nombreux changements. Mais on a le droit de parler dinnovations phonétiques seulement quand elles deviennent communes à tout un groupe qui connaît les règles de lorthoépie.

Les facteurs qui déterminent les changements phonétiques sont divers et il paraît logique de voir la réalisation des sons à lintérieur dun système sous linfluence des facteurs concrets.

Système vocalique

e système reste le même au cours du XX et du début du XXI siècles ce qui peut être représenté par le trapèze articulatoire des voyelles:

              système vocalique du francais                                                                   

1) On doit constater que ce système est réalisé quand la voyelle se trouve en position accentuée. Dès quelle est en syllabe inaccentuée les oppositions de timbre [e]/[ε],  [o]/[ ב], [ø]/[œ]  sont neutralisées au profit dun timbre moyen qui peut être représenté par un archiphonème correspondant [E], [O], [Œ].     

a) [E].  Lharmonisation vocalique est le processus de modification du timbre dune voyelle inaccentuée sous linfluence de celle qui est accentuée. Elle peut causer une influence ouvrante ou fermante sur la voyelle inaccentuée. Ce qui donne un [E] plus ou moins neutre  pour les graphies soulignées: les élèves, cétait fait, des effets; vous aimez, du plaisir.

Dans les mots comme marée, marché  bien quil y ait un accent aigu ou bien un -ez final, on entend prononcer [E] lorsque la voyelle de la syllabe accentuée suivante est un [α]: la marée basse, cest malgré moi, parlez bas! Cest aussi une harmonisation vocalique.

b) [O]. Lorsque les mots contenant les graphies  o, au, eau en syllabes inaccentuées, les voyelles sont prononcés dune manière neutre: au soleil, cest jolie! le beaujolais, la manométrie.

 c) [Œ]. La graphie qui dans sa grande majorité se situe en syllabes inaccentuées, suit les mêmes habitudes que celles des autres voyelles daperture moyenne. Cest ainsi que dans les mots tels que mercredi,  ceci, celui, etc. elle correspond à un timbre moyen pareil à celui des mots dont la graphie est soulignée:  peut-être, veuillez venir, ce jeudi passé, etc.  

2) Lopposition des phonèmes [α]/[a] attire lattention des linguistes depuis longtemps et semble être très instable. Certains prétendent que le [α] grave est en voie de disparition étant le son le plus postérieur du français ce qui loppose au système vocalique étant nettement antérieur. Dun autre côté on entend distinctement un [α] postérieur dans les mots comme: grâce, mâle, pâle et après la consonne [r] en position finale: cest très rare, un baron. On constate que cest un son [A] un son intermédiaire entre le [α] grave et le [a] clair dans le groupe -roi: trois, boiseur; les suffixes  -ation: récréation,  génération; -aille:  muraille, ferraille et -able: considérable, honorable.

  3) Lopposition des voyelles nasales [ε]/[œ] est très affaiblie dans la langue contemporaine. Le rendement phonologique du [œ] est assez faible et son emploi est très restreint. Cest pourquoi  la délabialisation du [œ], le  rapprochant du [ε] ne peut amener au changement de sens, car on ne trouve lopposition de ces   phonèmes que dans une paire de mots: brun brin.

La délabialisation du [œ] a été noté au début du  XX siècle à Paris et dans plusieurs régions de la France. A présent, le passage du [œ] à [ε] est devenu presque une règle, à quelques exeptions près lecture de poésies classiques, conversation de la conférence. Pourtant G. Straka dans un de ses articles du milieu du XX s. juge la confusion entre le [ε] et le [œ] très déplaisante.

Dun autre côté P. Léon en analysant les discours de Charles de Gaule a constaté quil a remplacé le [œ] par le [ε] dans la majorité des cas.

4) Le [ ] instable, ou bien caduc cause un problème très délicat. La transcription par [ ] donne à penser quil pourrait sagir dune prononciation particulière qui ferait exception aux lois de position. Il est didactiquement préjudiciable de la présenter sur le même plan que les voyelles qui sont accentuables. Il sagit dune voyelle qui peut devenir muette.  Quant à la question de savoir pourquoi cette graphie est parfois prononcée, parfois muette, la réponse ne peut être donnée que dans un contexte rythmique et phonétique et non pas en fonction de la seule référence à lécrit. On peut donner un schéma, sous forme très simplifiée, de la chute de [ ] dans la langue parlée quand il y a une suite de syllabes avec :

 

     5      4       3       2       1

 

                               j       dis

                      je      l       dis

             j       te      l       dis

Je    n      te      l       dis

 

Cest-à-dire que chaque syllabe paire à partir de la fin de la phrase perd le [ ].

La chute du [ ] a encore pour conséquence lapparition de nouveaux groupes consonantiques qui semblent ne pas être propres à la langue française, comme [ts  ], [tsa], [dsa ], [∫wi ].

Exemples:   

  Pas d(e ) ciné [pa-tsi-ne]

  Un peu d(e ) ce jus [ε-pœ-ds-  y]

  Je nai pas d(e) ça [   -nE-pa-dsa]    

  J(e ) suis fort [∫wi-fב r].

 

Système consonantique

Le consonantisme du français reste le même (20 consonnes), mais il subit aussi certaines modifications qui sont  liées à la prononciation ou bien à la chutte de la consonne finale, à la modification du son à lintérieur du mot, à la réduction des groupes de consonnes dans la chaîne parlée.

1) Linfluence de lorthographe est assez forte et entraîne  la réalisation sonore de consonnes finales où la norme orthoépique les considère comme muettes:

a) Un certain nombre apparaît dans les adjectifs numéraux, dans les dates, dans le compte (consonnes soulignées): le neuf mai, cest une pièce de cinq francs.

b) Dans les monosyllabes - but, fait, moeurs, août, quand [t]: chaque année au mois daoût, avoir un but dans la vie, Vivre sans but, cest laisser disposer de soi laventure (Gide).

c) La prononciation des sons finaux [kt] est devenu stable dans les mots suivants: compact, contact, correct, direct, infect, intact, strict.

Il y a hésitation dans la prononciation  de ses sons dans les mots: aspect, distinct, exact, intellect, respect, suspect, verdict. Les dictionnaires récents donnent deux variantes avec voyelle finale et consonnes [kt].

On pourrait dire que les Français prononcent la consonne finale des monosyllabes pour leur donner plus de consistance sonore, pour les rendre plus solides, pour éviter le risque de confondre ces mots avec dautres qui leur ressemblent: cinq = saint, ou = août.

2) Certaines consonnes ont tendance dêtre assimilées si cela nentraîne aucune confusion de sens. Ainsi la consonne [s]  du suffixe -isme subit lassimilation régressive de sonorité de la consonne  [m] qui la suit et [ism] se transforme en [izm]. Cette tendance ne touchait au début que le mot  fascisme à la connotation négative [fa∫izm]. On peut dire quactuellement cette tendance prend de plus eu plus dextension et se généralise ce qui permet de dire que le suffixe -isme naura quune forme de prononciation [izm].

Exemple:    

  Pour dire non au terrorisme.

  Une explosion de nationalisme.

  Le libéralisme soppose à lintervention de lEtat.      

Les Français daujourdhui prononcent de plus en plus régulièrement des mots comme secondaire avec un [g] et non avec un [k] = [skבdEr].

Exemple:    

  Problèmes secondaires.

  Enseignement secondaire.

On suppose que lapprentissage de la langue se fait en milieu scolaire et que lorthographe de certains mots est connue avant la forme sonore. Ainsi lenfant passe de la graphie au son et non à linverse.

On pourrait aussi considérer cette prononciation comme exemple dassimilation progressive. A la suite de la chute du [ ] le  s sourd cause une influence assourdissante au son sonore qui suit [g].

Mais il est à signaler que le mot second [s -gב] garde sa prononciation , pour éviter la confusion entre ce mot et un autre qui ferait passer son énonciateur pour un grossier personnage.

La consonne [ ] tend à se réaliser comme 2 consonnes [n + j], par exemple : les montagnards [mב-ta-njar], nous peignons [pE-njב]. Cette tendance est même notée à la fin acoustique des mots : le signe [sinj]. Dans la prononciation de la jeune génération on ne peut fixer que [n+j]. Cette substitution du [ ] au [n+j] peut être expliqué par ce que lopposition de ces deux sons na guère de rôle fonctionnel.

Selon les règles dorthoépie, la graphie -ill se réalise [ij]. Il y a tendance à lalignement sur [ij] des dérivés des mots qui font exception de cette règle :  mille, ville, tranquille = [il]. On entend les Français très souvent prononcer [ij] dans les mots millions, millier, milliard. Cela se réalise sous linfluence de lorthographie et par analogie avec les mots comme fille, triller, vieillard etc.

La réduction des groupes des consonnes loi  phonétique stable qui régit le français depuis lépoque de sa formation reste en vigueur. Aujourdhui la réduction atteint les sonantes [r], [l] : not(re) prof, une aut(re) fois, quat(re) personnes,  pa(r) ce quil est jeune, i(l) y a du monde partout, cest pas possib(le). Ce phénomène phonétique peut être gros de conséquences, car il entraîne la disparition du pronom impersonnel il dans les tournures comme (il) faut, (il) vaut mieux, et du premier élément de la négation française: Je (ne) dois pas faire ça! Ils (ne) viendront pas!

 

Liaison

Traditionnellement, les liaisons sont classées en 3 types : liaisons obligatoires, interdites et facultatives. En parlant des tendances dans lemploi des liaisons, les manuels du XX siècle soulignent que le style parlé réduit au minimum les liaisons. La langue familière garde essentiellement les liaisons à fonction grammaticale du pluriel: ils arrivent demain, elle nous a vus, les bons étudiants.

Néanmoins quand on regarde les chaînes de télévision françaises on est étonné dentendre le grand nombre de liaisons prononcées par le présentateur. On peut supposer que le langage des présentateurs est assimilé à de lécrit oral, car le plus souvent ils lisent un texte préparé sur un dispositif placé juste au-dessus de la caméra. Il reste à savoir à quel point cette  lecture  influencera lemploi des liaisons dans le langage des Français du XXI siècle, sil y aura la réactualisation des règles classiques.

 

REFERENCES  BIBLIOGRAPHIQUES

 

.. . ., , 1986.

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Wioland F. Prononcer les mots du français. Coll. F., Hahette, Paris, 1991.

Wioland F. Que faire de la graphie e? // Le Français dans le monde,  318.

 

Devoirs

Trouvez dans des dictionnaires des mots avec le suffixe isme. Suivez la tendance de cette prononciation.

Ecrivez correctement les formes apocopées suivantes: puisqui y a, jsais pas, qu c sont eux.

Trouvez les formes apocopées dans des textes sonores.

Mettez entre parenthèses les e qui peuvent ne pas être prononcés dans le style parlé:

Ce que je vais être quand je serai grande.

Je ne sais pas votre téléphone.

Je te remercie beaucoup de mavoir aidé.

Le petit prince me pose beaucoup de questions.

Droit devant moi, je ne vois rien.

Quelles sont les règles obligatoires de liaison ?

Quelles sont les liaisons défendues ?


 

 

 
 

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